Le 6 janvier, les communautés orthodoxes grecques, arméniennes, syriaques, roumaines et bulgares de Turquie fêtent, comme chaque année, la naissance, l'épiphanie et le baptême du Christ.
Cette année, j'ai souhaité en savoir plus sur le Noël des Arméniens d'Istanbul afin de vous faire partager quelques moments forts de leur célébration.
Noël orthodoxe à la cathédrale arménienne
Sainte-Marie à Kumkapı, Istanbul
La veille, les églises arméniennes orthodoxes de la ville - d'autres étant catholiques - accueillent les fidèles, certaines dès le milieu de l'après-midi.
Dans l'église Sürp Vartarans de Feriköy, les fidèles ne sont pas encore très nombreux au début mais comme c'est souvent le cas, certains vont, d'autres viennent, compte-tenu de la longueur des offices (2 h 30 - 3 h en moyenne).
Eglise arménienne orthodoxe Surp Vartarans à Istanbul
Après avoir écouté le prêtre, les enfants participent activement en lisant notamment des extraits de l'Ancien Testament concernant l'annonce du Messie.
Lecture d'extraits de
l'Ancien Testament
Le jour même, en la cathédrale Sainte-Marie à Kumkapı l'archevêque Aram Ateşyan avait juste à traverser la rue pour venir célébrer en personne la fête chrétienne la plus importante de l'année avec celle de Pâques.
Certains fidèles suivent la cérémonie debout, les bancs n'étant pas assez nombreux pour accueillir tout le monde.
Assis tout près du choeur qui agrémente cette fête de très belle manière (extrait d'un chant en cliquant ici), deux frères franciscains de l'église Santa Maria de Draperis de Beyoğlu, vêtus de leur robe de bure, assistent à la célébration.

Monseigneur Ateşyan, entouré de plusieurs servants de messe de tous âges, arbore une tenue spéciale pour l'occasion.
Tant la coiffe que, la cape et l'étole illustrent parfaitement le sujet du jour.

C'est à genoux qu'il donne la communion, position symbolique d'humilité que je découvre pour la première fois lors d'une cérémonie chrétienne...

A la fin de la messe proprement dite, la dernière partie de l'office du jour peut commencer.

L'archevêque tient à la main une colombe en argent représentant l'Esprit Saint descendu vers le Messie lors de son baptême. Il chante plusieurs cantiques et verse à plusieurs reprises du Müron, une huile sacrée jaillissant du bec de la colombe, dans une bassine en argent.
Vous pouvez visionner un extrait de ce moment très particulier ici.
Aram Ateşyan, archêveque apostolique arménien de
Turquie
Le goût de cette huile que j'ai goûté et dont j'ai ramené quelques cuillères, comme d'autres fidèles, est vraiment très original, ne ressemble à aucun autre et pour cause...
Tous les 7 ans, un des patriarches prépare en Arménie cette recette comprenant 40 essences de fleurs différentes. Cette huile est utilisée pour sanctifier les hommes de religion, les personnes baptisées ainsi que les lieux ou consignes sacrées.
Une cuillerée de Müron...
Cette cérémonie arménienne du baptême du Christ est l'équivalent du lancer de la Croix dans la Corne d'or chez les Grecs d'Istanbul.
Dans un des salons attenant à l'église, Aram Ateşyan va ensuite bénir du pain, de l'eau et du sel, symbolisant les trois ressources dont a besoin l'homme pour vivre et qui sont la grâce de Dieu.
Bénédiction du pain, de l'eau et du sel chez les arméniens
orthodoxe d'Istanbul
L'archevêque, suivi par les deux frères franciscains et les autres prêtres, se rendent ensuite en procession jusqu'à l'entrée d'une annexe de la paroisse où, après une série de chants, il va offrir à chaque membre de l'assemblée une grenade.
Il y en
aura pour tout le monde...
Ce fruit symbolise l'abondance. Lorsqu'une personne ouvre une entreprise, qu'elle se marie ou avant de déménager, elle jette à terre devant la porte une grenade afin que Dieu y apporte l'abondance.
L'archevêque offre ensuite une liqueur de griotte à ses invités et accueille bien volontiers dans ses bras quelques enfants venus avec leurs parents.
Au milieu de l'après-midi, avec un court moment de repos, Aram Ateşyan reçoit dans le centre culturel de l'église arménienne, ouvert en décembre 2011 dans l'ancienne église Vortvots Vorodman, les représentants des différentes communautés religieuses et politiques.

Après l'archevêque arménien, Bartolomeos Ier, Patriarche grec de Constantinople, Yusuf Çetin, métropolite de l'église orthodoxe syriaque d'Istanbul et Ankara, Georges Khazoumian, évêque arménien catholique, Louis Pelâtre, évêque de l'église latine catholique et Yusuf Sağ, représentant le Patriarche de l'église syriaque catholique vont tour à tour prendre la parole.
De gauche à droite, Louis Pelâtre, Georges Khazoumian, Yusuf Çetin, Bartholomeos Ier et Aram Ateşyan
Chacun des convives a également droit à une
grenade.
De gauche à droite, Georges Khazoumian, Aram Ateşyan, Yusuf Sağ et
Şahan Sırpazan
Une personne n'a pas pris la parole mais sa présence a rempli de joie bon nombre des personnes dans la salle, il s'agit de Şahan Sırpazan, le patriarche arménien...
Şahan
Sırpazan, le patriarche arménien
J'espère que l'année prochaine, le Grand Rabbin absent en raison de problèmes de santé, mais aussi les représentants du monde musulman invités, participeront cette fois pour que la mosaïque d'Istanbul soit vraiment parfaitement représentée...
Un diaporama photos de cette fête haute en couleurs est visible ici.
La version turque de ce reportage se trouve ici.
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